Press article LE DEVOIR, May 2019

Une société européenne veut produire de l’hydrogène à Varennes

 François Desjardins | 25

 

Une entreprise européenne souhaite construire une centrale de production industrielle d’hydrogène à Varennes, un projet qui risque d’attirer l’attention de Québec où le gouvernement a débloqué des fonds l’an dernier pour développer la filière.

Selon une entrée effectuée jeudi soir au Registre des lobbyistes, Hy2gen Canada, filiale d’une société mère nommée Hy2gen AG, veut rencontrer diverses autorités pour obtenir un rabais sur l’électricité de même qu’un prêt d’Investissement Québec. Les montants visés ne sont pas détaillés, mais l’entreprise indique dans ses motifs que le but serait d’« assurer la viabilité économique du projet, notamment pour financer l’achat d’électricité, d’équipement et l’embauche de consultants ».

L’investissement total que nécessitera la construction pourrait avoisiner 120 millions, a indiqué au Devoir le président de Hy2gen Canada, Cyril Dufau-Sansot. Une fois en marche, la centrale alimentera des clients locaux et pourrait aussi exporter une partie de sa production. « Le projet est très avancé », a-t-il dit en affirmant que la signature d’un contrat à long terme avec un premier client industriel pourrait avoir lieu d’ici l’été. La production de cet « hydrogène vert », qui se ferait par électrolyse de l’eau, débuterait au premier semestre de 2022. « Ça va être vraiment structurant, pour la filière de l’hydrogène et pour le Québec », a-t-il dit.

Certains moyens permettent aux consommateurs industriels d’obtenir un rabais sur l’électricité. L’un découle d’une mesure annoncée dans le budget de 2016 du ministère des Finances et permet, en fonction de critères, une réduction de 20 % de la facture pendant quatre ans. L’autre est un tarif d’Hydro-Québec qui prévoit là aussi une réduction de 20 % au départ, mais qui diminue ensuite de cinq points de pourcentage par année. Présentement, 14 clients profitent de ce deuxième mécanisme, a indiqué Hydro-Québec.

Usages multiples

L’hydrogène est un carburant utilisé dans plusieurs domaines, notamment le secteur industriel où la chimie et la métallurgie figurent parmi les grands consommateurs. Il est aussi utilisé comme source d’énergie dans le transport, un chapitre plus récent avec le développement des piles à combustible.

À l’heure actuelle, l’essentiel de la production d’hydrogène au Québec provient des installations d’Air Liquide, à Bécancour. La compagnie a indiqué il y a deux mois qu’elle comptait installer un nouvel électrolyseur de 20 MW afin de hausser de 50 % sa capacité de production pour « répondre à la demande croissante en hydrogène décarboné ». Ce catalyseur produira éventuellement 3000 tonnes d’hydrogène par année. « La proximité de Bécancour avec les principaux marchés industriels au Canada et aux États-Unis contribuera à assurer l’approvisionnement en hydrogène bas carbone de l’Amérique du Nord, que ce soit pour des usages de l’industrie ou la mobilité », avait alors déclaré Air Liquide.

L’hydrogène a reçu un coup de pouce de la part de Québec en juillet 2018 quand le gouvernement Couillard a débloqué une enveloppe de subventions de 8,25 millions pour que Transition Énergétique Québec appuie de deux à quatre projets pilotes sur trois ans. Les trois quarts de la somme devaient aller à la construction de deux stations-service multicarburants, le reste étant réservé pour d’autres projets.

Ce geste découlait d’un désir énoncé clairement dans le budget de 2018, dont le document principal citait une somme de 17,2 millions sur trois ans pour « développer la filière hydrogène au Québec ». Le plan était principalement concentré sur le transport.